LA QUESTION DU HANDICAP :
Comment accompagner vers “l’autonomie dépendante”
Dès qu’on aborde la question du handicap, deux axes se dégagent :- soit on l’aborde sur le registre de la limitation : ce que le handicap comporte comme « moins » (moins de capacités physiques, intellectuelles, relationnelles…), en un mot, le «moins de vie ». L’accent est alors mis sur la dépendance.- soit on l’aborde sur le registre de la personne, porteuse d’un handicap, certes, mais en insistant sur les potentiels de développement, d’apprentissages relationnels, d’épanouissement. L’accent est ici mis sur l’autonomie.
Dans le premier cas, en mettant l’accent sur les limites, on risque de passer à côté du potentiel, de ne pas essayer. Si la représentation de la réalité du handicap est uniquement celle de la limitation, on signe la dépendance et on met l’accent sur l’assistance.
Dans le deuxième cas, axé sur la personne, son potentiel et ressources évolutives, on risque de négliger la réalité des difficultés et, dans une approche volontariste, confronter la personne à des projets inaccessibles avec la souffrance et le risque de renoncement liés à la non-réussite.
Le concept d’«autonomie dépendante» peut nous être utile pour contourner ces deux écueils : une personne entière avec un potentiel évolutif et soumise à des difficultés de réalisation et à des limitations du fait de son handicap. Il convient que ces limitations ne soient pas un postulat, mais plutôt une découverte, un constat, après avoir tout mis en place pour éveiller ces potentiels. Ce concept permet de s’appuyer sur de petites réussites. Par exemple, dans l’intégration scolaire d’un enfant handicapé, l’objectif premier n’est pas l’apprentissage pur, mais l’intégration en douceur. On va inviter l’enfant à s’asseoir à une table avec d’autres enfants et à y rester sans l’obliger à dessiner. On évite ainsi de le décourager et on joue sur le phénomène d’imitation.
«L’autonomie dépendante» rend compatible les besoins d’assistance, d’accompagnement, de stimulation et la poursuite d’une responsabilisation. On peut se poser les questions : En quoi nos pratiques permettent à la personne porteuse d’un handicap l’accès à un sentiment de responsabilisation? Plus concrètement, pour nous, « professionnels du donner », comment nous mettons-nous en position de recevoir, condition indispensable pour ouvrir la capacité du don de part et d’autre? Comment faciliter l’inscription de la personne dans le cycle du donner/recevoir/rendre constituant d’humanité, selon l’approche éthique de Iván Böszörményi-Nagy1.
Si l’épanouissement personnel passe par le sentiment de légitimité, comment construire sa légitimité dans un contexte d’assistance où tout serait dû, voire pire, si personnes n’attend rien de nous ? Aider à aller vers l’autonomie, c’est attendre quelque chose de l’autre. Attendre, non pour soi, mais pour l’autre ; attendre que dans ses efforts, ses progrès, il se réalise d’avantage comme personne. Et cette réalisation serait aussi le don, don élaboré avec ce qui a été reçu, parce quelqu’un a donné.Chacun peut imaginer les perspectives que cette approche ouvre dans l’accompagnement familial et institutionnel des handicaps, l’intégration scolaire, l’intégration par le travail, la citoyenneté de la personne avec un handicap.
Jésus Max SAGREDO, Psychologue clinicien, psychothérapeute, thérapeute familial, formateur et superviseur à Pégase Processus.
1 Iván Böszörményi-Nagy, Psychiatre américain connu, dès la fin des années cinquante, pour son travail de pionnier dans le domaine de la thérapie familiale et de la psychogénéalogie.
FORMATION SUR CE THEME: 15, 16 novembre 2007 et 24, 25 janvier 2008 Pour vous inscrire, merci de contacter le secrétariat au 02 96 78 37 05. |